Saint-Germain-des-Prés

Lames corses

Plan interactif ou Itinéraire
adresse : 15 Rue Racine Paris 6e (75006)


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L’artisan coutelier corse Jean-Pierre Ceccaldi fait le grand saut puisqu’il installe sa boutique sur le continent, en plein Paris ! Il fallait oser planter une radicelle (je dis ça parce qu’il a choisi la rue Racine) chez les pinsutti (les pointus), à un jet de châtaigne du théâtre de l’Odéon. Ceccaldi l’a fait avec ce rire dont on ne sait trop bien s’il est un signe de jovialité ou de nervosité. Sans doute un peu des deux. Car l’entreprise est à la fois excitante et risquée. Aucun parmi la quinzaine de couteliers que compte la Corse - plus ou moins assidus à la forge selon les cas -, aucun n’avait tenté ce saut vertigineux qui doit nécessiter n’en doutons pas un investissement conséquent. Ceccaldi en a visiblement les moyens. Il faut dire que son atelier-boutique de Porticcio, près d’Ajaccio, voit défiler de nombreux clients et que sa notoriété a franchi les limites de l’île depuis longtemps. Pour être exact, ce n’est pas Jean-Pierre Ceccaldi qui fait souche à Paris mais sa progéniture, Simon et Sylvestre. Le premier, l’œil et le geste déjà affûtés, s’occupera de dessiner et fabriquer les couteaux tandis que son frère assurera la commercialisation. Pour en revenir à leur papa, disons deux mots sur ses origines (en Corse, c’est très important d’où on vient). L’artisan a versé sa première lame, il y a 30 ans du côté de Zoza, un petit village de l’Alta Rocca au sud de l’île. Formé par un certain M. Santoni, il a d’abord commencé par fabriquer le curnicciolu, un modèle de couteau dit « de berger » à lame d’acier, large et tarabiscotée, fixe ou pliante, dont le manche est traditionnellement taillé dans de la corne de chèvre ou de bélier. Le temps a passé. La gamme s’est élargie avec la vendetta, le stylet, le coupe-papier, les couteaux de chasse, les pièces haut de gamme uniques et les couteaux de cuisine, réalisés sur commande ou plus standard, qui mélangent le beau et l’utile. Là, les manches sont taillés dans des essences de bois locales comme l’arbousier, l’olivier, le genévrier, etc. Ce à quoi il faut ajouter une ligne d’objets de table au style raffiné et au caractère bien trempé à l’instar de ce service à salade à tête de couvert en corne.

Evous : D’où vous est venue l’idée, inattendue, osée, d’ouvrir une boutique en plein centre de Paris ?
Jean-Pierre Ceccaldi : « L’idée nous titille depuis des années. Il fallait d’abord s’en donner les moyens et choisir le bon moment, celui où nous décidons de concrétiser un travail entrepris depuis des années sur le marché de la table. C’est un registre qui me plait et Paris me paraît idéal pour proposer ce genre d’objets. Il faut dire que nous avions déjà une très bonne clientèle en Ile de France. Des gens qui nous ont connus en Corse et qui nous font l’honneur de leur fidélité depuis des années. »
Evous : D’où viennent ces couteaux ?
J.-P. C. : « Si l’on prend le curniciolu, il est issu de la tradition agro-pastorale. Les premiers modèles ont été retrouvés en Castagniccia (région située au nord-est de la Corse, un peu sous Bastia, ndlr). On pense qu’il s’agissait d’un couteau fait pour travailler, pour sculpter le bois. C’est la courbure de la pointe de corne, avec laquelle on confectionnait le manche, qui imprime au départ son galbe au couteau. On a ensuite reproduit le mouvement avec des manches en bois comme l’olivier par exemple. La lame est noire parce que nous laissons la marque de la trempe (trempage à l’huile) et n’utilisons que des aciers carbone, sans chrome. Ils s’oxydent si on les oublie dans le lave-vaisselle mais surtout c’est la corne qui risque de se déformer. Il faut y veiller même si nos modèles sont garantis à vie. »
Evous : Il y a aussi la fameuse vendetta. Était-ce l’arme utilisée par les Corses pour se venger ?
J.-P. C. : « Pas du tout. L’arme blanche des Corses par excellence était le stylet. La vendetta est plutôt le symbole de l’objet touristique même si ce serait un coutelier corse, de Campile je crois, qui l’aurait d’abord imaginée. Les industriels de Thiers en ont fabriqués des centaines de milliers d’exemplaires depuis un siècle. Nous nous en sommes emparé pour voir ce que l’on pouvait tirer de ce couteau de poche (on appréciera le travail de marqueterie en bois, os et corne, réalisé par Dany Ceccaldi, l’épouse de Jean-Pierre, ndlr). Ce qui nous tient beaucoup à cœur, ce sont les couteaux uniques, ceux que l’on qualifie de pièces d’art. Là, on utilise le damas (acier feuilleté) voire le titane pour les lames. Les manches sont en ivoire, en nacre, en argent massif, etc. Les mécanismes sont très originaux. Les modèles que vous voyez là sont des créations de Simon qui s’y est consacré du dessin jusqu’à la réalisation. »
Evous : Merci.

Tarifs : compter à partir de 40 € pour un curnicciolu, de 80 € pour une vendetta, de 75 € pour un couteau de cuisine et 250 € grand minimum pour un couteau d’art.

Coutellerie Ceccaldi
15, rue Racine, 6 Tél. : 01.46.33.87.20.

Texte : Pinicova - Dessins : Béatrice Loth


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mercredi 24 janvier 2007
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